POURQUOI DEFENDRE LE TIBET ? |
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Par Benjamin LISAN Président
de l’association la TRANSHIMALAYENNE pour le TIBET, 2002
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De retour d’un marche
de 45 dans l’Himalaya cet été, pour la cause du Tibet, effectuée
entre Dharamsala et Leh, avec 11 marcheurs occidentaux et 4 tibétains
(dont 3 ex-prisonniers politiques tibétains), j’ai lu le forum des
lecteurs concernant le Tibet, du n° d’août du National Geographi
France. Dans
ce forum, on y trouve les affirmations de K. Ping Chang Lee and Li Huo,
qui laisseraient penser que tout se passe bien au Tibet et que la Chine
apporte la civilisation et un meilleur niveau de vie aux pauvres tibétains. Or quand on s’intéresse
au Tibet, on ne peut ignorer : Ø
le génocide de 1,2 million de tibétains, un tibétain
sur cinq (selon la commission internationale des juristes en 1960 … les
chiffres les plus sûrs étant 175000 morts en prison, 156000 sommairement
exécutés, 92000 morts sous la torture, 10000 par suicide, 413000 de
famine lors des « réformes agraires » des années 60, …),
malgré les résolutions de l’ONU de 1959, 1961 et 1965 sur les inquiétudes
de l’ONU quand aux violations des droits de l’Homme au Tibet, Ø
la purification ethnique, Ø
les avortements et les stérilisations forcées
de tibétaines à rapprocher de l’immigration massive de chinois,
toujours en cours, au Tibet (en 1998, 9 millions de colons chinois, face
à 6 millions de tibétains, les chinois ne cachant pas cette
immigration), A Lhassa, capitale du Tibet, en 98, il y a sept chinois pour
un tibétain, Ø
la suppression progressive de la langue tibétaine
(par différents moyens subtils au niveau de l’administration, des études
supérieures, le tibétain n’est plus enseigné après l’école
primaire), Ø
la destruction de 6259 monastères, dont
d’immenses trésors du patrimoine mondial, Ø
plusieurs milliers d’antiques bibliothèques
monastiques et plus de 10 % de la littérature tibétaine (ouvrages médicaux,
littéraires, religieux …) perdus à tous jamais (8 restaurés et en
fonctionnement en 79), Ø
la mise à sac du pays au niveau de ses forêts
de conifères (85 %), de ses richesses minières, faunistiques, sans aucun
soucis de considération écologique, Ø
le fait que les tibétains ne trouvent plus de
travail face aux colons chinois, et que toutes les magasins et échoppes
accaparés progressivement par les chinois musulmans ou non (par exemple
dans le quartier face au Jokhang à Lhassa), les tibétains
n’ayant pas l’argent pour acheter ces magasins, alors que les colons
chinois peuvent se le procurer, les tibétains étant rejetés dans la
pauvreté et la marginalisation, dans des quartiers à part dans les
grandes villes du Tibet (devenant des sortes « d’indiens »,
objets de folklore dans leur propre pays), Ø
toutes les horreurs commises passées ou présentes
(les enfants obligés de tirer sur leur parents, les gens jetés vivants
des avions, personnes enterrées vivantes ou noyées, brûlées au fer
rouge, les moines forcés de copuler avec les nones, les matraques électriques
introduites dans le vagin des nones, les policiers chinois tirant des
toits sur des foules désarmés lors des grandes manifestations de à
Lhassa du 27/9/87, du 1/10/1987, du 5/3/1988 et en 89 … tortures
toujours actuelles, répression des manifestations avec des matraques à
clous pouvant tuer, défigurer), Ø
milles de cent seize prisonniers politiques tibétains,
certains condamnés à 5 ans de prisons juste pour avoir protesté
pacifiquement de l’occupation du Tibet, d’autres même à 2 ans juste
pour la détention de la photographie du Dalaï-lama.
Peut-on passer aussi
sous silence les cas de Ngawang Sangdrol, jeune none tibétaine indépendantiste
pacifique, condamnée à 23 ans de prison en 92 (détenue en 1987 dès l’âge de 10 ans,
venant
d’être libéré le 17/10/02 pour raisons de santé), et du 11ème
Panchen Lama, né le 25/4/89, plus jeune prisonnier politique du
monde, enlevé en mai 95 et disparus depuis des années,, et le cas de
bien d’autres prisonniers politiques etc
… Dans cet article, se
trouve quelques contre-vérités, par exemple sur la liberté religieuse,
ou qui sous-entendent l’appartenance du Tibet à la Chine etc …
affirmations qui sont justement celles du gouvernement chinois pour
justifier l’annexion du Tibet : Ø
Par exemple, l’affirmation d’une liberté
religieuse respectée au Tibet, occultant l’expulsion, en 48 heures, de
6000 à 10000 moines du centre monastique de Sertal (Tibet), au début de
cette année, Ø
la présence d’espions ou de réguliers passage
coup de poing de « comités de surveillance » policiers, dans
les monastères … Ø
Par exemple, le sous-entendu de l’appartenance
du Tibet à la Chine, tout comme l’affirme, M. Legqog, Président de la
Région autonome du Tibet, prétendant que "Le Tibet fait partie intégrante
de la Chine depuis l’antiquité" (article "Evolution et
changement au Tibet" paru dans "La Chine en marche"),
oubliant que le Tibet a été un état indépendant et souverain avant
1950 (date de son invasion, sa « libération », selon la
terminologie chinoise, par la Chine). A ce genre
d’affirmations, il faut répondre, car il y a eu, à de nombreuses périodes
de son histoire, où le Tibet a été de fait indépendant, par exemple
entre ~ 400 ou 641 et 1720, entre 1750 et 1792 et entre 1914 et 1950.
Soit, entre 400 et 1950, 1340
années sur 1550 ans, soit 90 % de son histoire durant 1500 ans où le
Tibet a été indépendant. Pendant ces périodes
de relative indépendance, le Tibet a eu ð
un gouvernement central indépendant, ð
une monnaie nationale, le Sang (le Tibet a
d’ailleurs émis des timbres et des billet après 1912), ð
une armée nationale (faite de 6000 hommes avant
1950).
L’histoire du Tibet,
très complexe, n’est connue que de rares spécialistes. Il est donc
facile de falsifier l’histoire du Tibet et de ses relations avec la
Chine. Cette falsification est malheureusement admise par plus d’un
milliard de chinois du fait de la propagande chinoise soutenue, de la
constante réécriture de l’histoire, sous le régime communiste
chinois. S’opposer à cette réécriture n’est, d’ailleurs pas sans
danger (car de Tohti
Tunyaz emprisonné, pour 11 ans, pour ses travaux de recherche sur
l'histoire ouïghoure ….). Le problème est que
les dirigeants chinois ont fini par croire eux-même à cette réécriture
ou falsification et tente donc de nous l’imposer. Il existe pourtant de
nombreux ouvrages érudits qui rétablissent la vérité sur l’histoire
du Tibet (voir bibliographie ci-dessous). Aucune personne s’intéressant
au Tibet, ne peut sinon totalement ignorer : Ø
les nombreux rapports d’Amnesty International, Ø
les rapports de Reporter sans Frontière, Ø
le rapport en 70000 caractères chinois du 10eme
Pachen-lama, concluant que l’apport de la Chine au Tibet n’est pas
globalement positif, Ø
les très nombreux livres parus sur le sujets (« Tibet
mort ou vif » Pierre-Antoine Donnet, 1992, Gallimard, « Tibet
l’envers du décor », Ed. Olizane, 1999 , « Tibet entre
mythe et réalité » etc…) …. Ø
les nombreux témoignage sur la situation
dramatique du Tibet, apparaissant dans les journaux. Se
battre pour l’autonomie ou l’indépendance du peuple tibétain,
c’est se battre : Ø
pour la diversité culturelle
(source d’enrichissement pour l’humanité), Ø
pour sa langue et ses 200
dialectes, Ø
ses nombreuses cultures et
ethnies, Ø
sa riche littérature, Ø
sa haute philosophie morale dans
ce qu’elle a de plus élevée au niveau du bouddhiste tantrique tibétain,
c’est refuser : Ø
l’ethnocide, la purification
ethnique pratiquée là-bas depuis 50 ans, Ø
de voir disparaître la faune du
Tibet, les yacks sauvages, les mouflons argalis, les ânes sauvages Kyans,
les antilopes tibétains chirus, les grands oiseaux qu’on ne voient plus
dans le ciel du Tibet (cigognes etc …), les yacks sauvages … Si
cette culture disparaît nous le regretterons un jour.
C’est se battre contre la loi du plus fort et le fait accompli,
afin de ne pas commettre un second Munich et agir contre une politique
amorale à courte vue. Le Tibet meurt de nos
silences.
[1] La Civilisation Tibétaine, de Rolf STEIN,
Ed. L'ASIATHEQUE, [2]
Tibet, pays des neiges, Giuseppe TUCCI, Robert Latour, Katia
Buffetrille,
Ed. KAILASH , 1998 [3] TIBET, CIVILISATION ET
SOCIETE. de Meyer/Beguin, Maison des Sciences de l'Homme, 1990 [4] Histoire du Tibet,
de Laurent Deshayes, Fayard, 1997. [5] L’épopée des Tibétains, entre mythe et réalité,
Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir, Fayard, 2002 [6] Le Tibet tel qu'il était,
de D
Tsarong, J-P. Claudon, Anako Editions, 1996 [8] Chine Tibet répression au Tibet 1987 1992, Amnesty
International Vpc, 2002 [9] Le Tibet est-il chinois
?, de Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille, Albin Michel, 2002 [11] Tibet : le pays sacrifié de Claude Arpi, Calmann-Lévy,
2000 [13] Tibet, l’envers du décor, Collectif, Ed.
Olizane, 1993 [14] Tibet : les exilés, de Davidson et
Davidson, Albin Michel, 1993 [15] Tibet, une culture
en exil, collectif, Albin Michel, 1985 [17] Le feu sous la neige, de Päldèn Gyatso et
Tséring Shakya, Actes Sud, 1997 [18] Tibet, les horizons perdus ?, Aide à
l’Enfance Tibétaine, 2000
Résumé
de l’Histoire du Tibet en terme
d’indépendance ou de dépendance par rapport à la Chine Ici ci-dessous, un résumé de cette histoire,
composée de flux et de reflux (de transgression et de régression) de la
domination chinoise, tâche délicate entre toute. A) Haut Moyen âge, âge féodal (~ 641 - 1720) : Depuis l’empire tibétain
du grand roi tibétain bouddhiste Songten Gampo (7e siècle),
(ayant épousé une princesse Tang Wen-Cheng en 641 et une
princesse népalaise Tsu-Tsuang (Bhrikuti), jusqu’à l’invasion
mongole au 13e siècle, on observe une indépendance totale par
rapport à la Chine.
Pendant cette période, il n’y aucune relation de vassalité
envers les empereurs Tangs, contrairement ce qu’affirment les chinois.
Sur un pilier érigé en 822 devant le temple du
Jokhang à Lhassa, il est écrit « Le Tibet et la Chine se
maintiendront dans leur limite d’aujourd’hui. Tout ce qui est à
l’est appartient à la grande Chine, tout ce qui est à l’ouest est
incontestablement le pays du grand Tibet. Dorénavant, il n’y aura ni
guerre, ni saisie de territoire d’un côté, ni de l’autre … ».
Après l’invasion mongole du Tibet de Godan Khan en 1240, les
mongols semblent dominer. Vers 1250, avec Kubilaï
Khan, l’autorité spirituelle sur l’empereur, et l’autorité
temporelle de l’empereur sur
le Tibet, dans une relation de suzeraineté, sont alors unis par une
relation de maître à disciple, relation qui liera les lamas tibétains
aux empereurs mongols, puis mandchous jusqu’en 1911. En fait pendant la période
mongole, le Tibet resta indépendant, en raison de la faible armée
mongole sur place (une centaine de soldats). De plus en 1254, Kubilaï
confére à son maître spirituel, le Lama Phagpa, l’autorité
spirituelle et temporelle sur le Tibet (contrairement aux
affirmations des communistes chinois). Au XVIIe siècle, le V°
Dalaï-lama (1617-1682) étend le territoire du Tibet, fait reconquérir
par les armées mongoles Dzoungars, alliées du Tibet, des territoires
conquis auparavant par la Chine. B) Sous dépendance chinoise (1720 – 1750) :
Suite à des dissensions entre tribus mongoles, l’empereur
mandchou Kangxi en profite pour envahir le Tibet en 1720, pour imposer une
garnison chinoise d’une centaine de soldats, à Lhassa et il’amban,
représentant de l’empereur auprès du gouvernement tibétain. Profitant
de la faiblesse du Tibet, il fait rattacher, en 1724, les provinces tibétaines
(et occupées majoritairement par des tibétains) du Kham à celle
chinoise du Sichuan et intégrer l’Amdo à celle du Qinghhai. Etat de
fait qui dure jusqu’à maintenant. C) nouvelle indépendance, de fait (1750-1792) : Mais en 1750, la
population tibétaine se déchaîne, tuant l’amban et exterminant
la garnison chinoise. En 1751, le Dalaï-lama assure tous les pouvoirs au
Tibet, imposant un conseil de ministres nommés par lui, système resté
en vigueur pendant 200 ans. Pouvoir en fait assez absolu.
La monnaie tibétaine, le Sang, est fabriquée par les népalais
depuis plusieurs siècles, les tibétains leur fournissant l’argent.
Suite à une querelle sur la pureté de l’argent contenu dans le Sang et
la pureté du sel livré par les tibétains, les Gurkhas népalais
envahissent le Tibet, en 1788
et 1792. D) de nouveau sous dépendance chinoise
(1792-1914) : L’empereur de Chine
profite, de cette invasion népalaise, pour « libérer » le
Tibet et battre les népalais Gurkhas. A partir de cette époque, le
gouvernement tibétain n’est plus qu’un gouvernement fantoche. Le
Tibet se ferme alors aux étrangers, laissant les chinois parler en leur
nom. Durant cette période, il eut plusieurs révoltes
tibétaines, contre la Chine en particulier au Kham, révoltes réprimées
avec férocité. E) de nouveau indépendant (1914-1950) :
Les tibétains infligent une lourde défaite aux chinois au Kham en
1914. Un traité de paix tri-partite, Tibet,
Angleterre, Chine, est mis sur pied, reconnaissant l’indépendance du
Tibet, un état avec sa propre monnaie et son système éducatif, lors
d’une conférence arbitrée par les anglais entre la Chine et le Tibet
à Simla en Inde. Mais ce traité, semble-t-il, n’est pas ratifié, par
la Chine nationaliste, celle-ci refusant la ligne de partage « Mac
Mahon » entre la Chine et le Tibet, proposée par les anglais.
Il semble que l’on n’ai pas gardé trace de ce traité. Et de
ce fait, le gouvernement tibétain en exil et la Chine se s’accordent
toujours pas, encore actuellement, sur la reconnaissance ou on de l’indépendance
du Tibet par la Chine (Chine Nationaliste à l’époque). En 1939, les relations
se réchauffent entre la Chine et le Tibet, les membres du Congrès tibétains
écrivant l'Article sur le Tibet dans la Constitution de la Chine
Nationaliste. Cette constitution admettant un statut d’autonomie au
Tibet.
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